Paléo Cash Machine

Paleo

  • Le Paléo est-il une «machine à fric» s’enrichissant sur le dos des bénévoles? Une polémique presque aussi vieille que les têtes d’affiche de l’édition 2016.

En 2010, Michael Drieberg, directeur de Live Music, accusait déjà publiquement Daniel Rossellat, patron du Paléo, de «gagner beaucoup d’argent» sur le dos des 5000 travailleurs gratos du festival. Et contraignait le Paléo à révéler ses comptes: un chiffre d’affaire de 20 à 30 millions, près de 600’000 francs annuels de recettes, un bénéfice cumulé de plus de 4 millions sur dix ans (dont la moitié réalisée grâce à des placements financiers) et des réserves pour plus de deux millions. A priori, suffisamment pour que les organisateurs s’octroient une prime annuelle de 10’000 à 25’000 francs (en plus de leur salaire, bien sûr), mais pas assez pour rémunérer les volontaires. Mystères de la finance…

«Je préfère avoir des bénévoles respectés et heureux que des employés sous-payés et mécontents», rétorque Daniel Rossellat à ses détracteurs. Il faut dire que le système mis en place par le syndic de Nyon est un habile montage financier au centre duquel se trouve l’association à but non lucratif (sic) du même nom, qui réinvestit ses bénéfices dans plusieurs sociétés externes, dont elle est actionnaire majoritaire. Parmi celles-ci, Opus One, principal concurrent de Live Music sur le marché de l’organisation de concerts en Suisse romande, régulièrement accusé par ce dernier de concurrence déloyale.

Programmation sans surprise

L’affiche de la 41e édition de Paléo sera une fois de plus décrite par des journalistes curieusement peu enclins à faire preuve d’esprit critique (il faut dire que Paléo sait les gâter – voir ci-dessous) comme «éclectique» pour ne pas dire incohérente, «fédératrice», pour ne pas dire tutti-frutti, et présentant des «valeurs sûres» pour ne pas dire gériatrique, du moins pour certaines têtes d’affiche. A noter que deux des soixantenaires têtes d’affiche francophones, Polnareff et Cabrel, joueront à Sion deux jours avant, et que les Anglais de Muse seront également à Montreux et au Gurten.

De toute façon, la programmation n’est plus qu’un facteur très secondaire du succès de Paléo, dont les billets s’arracheraient comme chaque année en moins d’une heure même sans qu’elle ne soit dévoilée. Les 90% d’habitués qui y reviennent fidèlement savent bien qu’il y aura forcément un nom ou l’autre qui conviendra à chacun, entre une bière et une barquette de nouilles thaïes. C’est le principe même d’un festival éminemment «populaire» et familial, qui a fait du saupoudrage le principe de base de sa programmation.

Il y aura donc comme d’habitude quelques vieilles gloires franchouillardes exhumées: Louise Attaque, Les Insus (ex-Téléphone), Souchon, Voulzy et quelques nouvelles stars télévisuelles : Louane, Fréro Delavega. Il y aura surtout beaucoup, énormément de groupes et d’artistes français, en majorité désormais, le syndrome du responsable RH frontalier appliqué à la programmation musicale. De la chanson française, donc, avec Vianney, Alex Baupain, Aliose, GiedRé ou le bizarre Flavien Berger ; beaucoup de (bonne) electro pop frenchy, avec Synapson, AaRON, Grand Blanc, Hyphen Hyphen, Lili Wood & The Prick, The Avener, ou l’impressionnant Fakear ; du rap français avec Caribbean Dandy, PihPoh, Guizmo, les rigolos Bigflo & Oli et l’étonnant Abd Al Malik.

Et sinon, il y aura aussi Iron Maiden, Massive Attack et Boyz Noise.

Paléo, finalement, c’est avant tout le grand giron lémanique, la kermesse bobo-terroir qui sait soigner ses presque 600 journalistes accrédités (voir ci-dessus) et ses nombreux partenaires économiques et politiques avec une zone VIP constituant presque un festival dans le festival, ses propres bars ouverts 24h sur 24h, ses restaurants confortables et ses fêtes privées qui se poursuivent bien après le couvre-feu officiel. Bref, un business qui tourne.

Téléphonie: moins cher, mais à quel prix?

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  • Service après-vente minimal, longs délais, erreurs de facturation… Sunrise ne fait pas que des heureux, et certain de ses usagers se rebiffent.
  • En 2009, l’opérateur arrivait en seconde position dans le nombre de litige clients, juste derrière Cablecom.
  • Les cas soumis en dernier recours au médiateur officiel de l’Ombudscom explosent: plus de 70% d’augmentation l’an passé.

«Sunrise? Connections internet qui se coupe sans arrêt, service clients déplorable. Et maintenant, vendu à un obscur groupe de profiteurs, qui ne vont pas plus se soucier de la qualité et de la satisfaction clients. J’ai aujourd’hui envoyé un avis de fin de contrat, je reviens à Swisscom. Marre de ces profiteurs globalisés, qu’ils aillent se faire f…!»

S’il est probable qu’aucune entreprise ne compte que des clients heureux, tout particulièrement dans la jungle dérégularisée des télécoms, on pourrait pourtant croire, à lire sur différents forums internet les réactions à son rachat (voir encadré), que le numéro 2 de la téléphonie mobile en Suisse cristallise le mécontentement d’une partie significative des usagers.

«Je suis client Sunrise, raconte par exemple «Anebal», ça ne pourra pas être pire qu’actuellement. Pour ce qui est du service à la clientèle, en réalité il n’y en a pas. J’ai abandonné après cinq essais leur no 0800 sans avoir jamais obtenu de réponse valable. J’attends avec impatience la fin de mes deux ans de contrat.»

Mal noté
Des cas isolés? Selon le magazine alémanique de défense des consommateurs Beobachter, qui possède son propre service d’assistance juridique, Sunrise arrivait pour l’année 2009 en seconde position (juste derrière Cablecom) dans le nombre de litiges clients.

Une rapide enquête nous a ainsi permis de rencontrer Annette, à Genève. «J’ai déménagé il y a un mois et demi. Sunrise toujours pas effectué le changement de ma ligne téléphonique, qui ne fonctionne donc pas, mais pour laquelle je reçois les factures d’abonnement! J’ai voulu résilier, cela coûte 300 francs. Qu’est-ce que je peux faire?»

«Méthodes intolérables»
Quant à Thierry, indépendant à Lausanne, cela fait huit mois qu’il n’a plus de téléphone. «J’avais tout chez Sunrise: ligne fixe, internet et mobile. Début mars, Sunrise m’ont tout est bloqué, pour une facture oubliée depuis octobre 2009, payée le jour même.

Deux semaines plus tard, ayant passé des heures à me faire promener au téléphone d’un service à l’autre, personne ne pouvait me fournir une date ni même me confirmer un éventuel rétablissement. Furieux, j’ai écris pour dire à Sunrise que leurs méthodes étaient intolérables, et résilier tous mes abonnements à leurs échéances.

Deux mois plus tard, je reçois d’abord une taxe de résiliation anticipée de 300 francs, puis une autre de réactivation de 200 francs, puis 75 francs pour un modem jamais commandé, ni reçu. Puis un formulaire m’annonçant la mise en service de la ligne fixe. Et finalement une confirmation de résiliation sans frais. Dont Sunrise a décidé de ne pas tenir compte: selon eux, elle serait due à une «faute de frappe»! Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer…»

Pas responsables

Pour Heidi Sayeh, «customer quality specialist» chez Sunrise, «en dehors de cette faute de frappe, que nous regrettons», Sunrise n’a pourtant commis aucune erreur. «Il ne faut pas mélanger les responsabilités. Nous fournissons des prestations sous certaines conditions, nos factures doivent être payées au plus tard à la date d’échéance. Lorsque celle-ci n’est pas respectée, il est normal que nous résiliions nos contrats. Cela engendre des frais administratifs. Notre responsabilité n’est pas engagée dans la mésaventure de ce monsieur, donc nous n’y renoncerons pas.»

  • Un opérateur à vendre
    Sunrise est détenu par le groupe de télécoms danois TDC, qui cherche à tout prix à s’en séparer. Après le refus, en juin dernier, par la Commission de la concurrence (Comco) d’une fusion avec Orange (propriété de France Télécom), TDC devrait céder, pour 3,3 milliards de francs, sa filiale suisse au fonds d’investissement britannique CVC Capital Partners. Dont le but sera, à terme, de revendre Sunrise, plus cher. Et pourquoi pas à France Télécom… pour peu que la Comco «assouplisse» comme prévu sa position d’ici-là. Affaire à suivre.
  • Bon à savoir: l’Ombudscom
    Pour tous les problèmes avec un opérateur de téléphonie, la Loi sur les télécommunications (LTC) a prévu un organe de conciliation, en place depuis 2008. L’Ombudscom, à Berne, sert  ainsi d’intermédiaire entre les consommateurs et les opérateurs en cas de litiges. Neutre, le médiateur n’a pas le droit d’imposer une solution: après avoir pris connaissance des deux versions des faits, il propose un arrangement, idéalement acceptable pour les deux parties. Ce service est gratuit pour l’usager: les frais sont à la charge de l’opérateur.

    www.ombudscom.ch
    031 310 11 77

Non publié (refusé par Lausanne Cités)

Bois-Mermet: le dernier endroit où l’on cause

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L’enceinte de l’établissement des hauts de Lausanne voit défiler familles et amis des détenus, qui viennent s’entretenir avec eux à travers les barreaux. Au risque de nuire au secret de l’enquête?

Aux premières loges, les petites maisonnettes en bois dont les jardins longent l’enceinte de la prison. Construites en 1946, celles-ci auraient dues êtres rasées en 2001 déjà, pour être remplacées par des logements sociaux. Le projet, bien avancé, avait été combattu par les propriétaires des villas situées juste en face. Parmi ceux-ci, le conseiller municipal socialiste Oscar Tosato. Sa camarade de parti Silvia Zamora, à l’époque directrice de la sécurité sociale, avait alors demandé un rapport à l’EPFL. Les chercheurs avaient conclu que la présence «de logements dans la proximité immédiate d’une prison pose des problèmes potentiels, non seulement pour les habitants (…), mais également pour la prison elle-même.». Sur la base de cette étude, la Municipalité avait retiré in extremis son projet, lequel avait pourtant déjà coûté quelque 140 000 francs.

Visites quotidiennes
Les pavillons en bois sont donc toujours là, pour le plus grand bonheur de leurs habitants, qui disent apprécier cette atmosphère rustique et calme aux portes de la ville. Seul hic: leurs jardins sont envahis à longueur de journées par les amis, épouses, parents des prisonniers. «Plusieurs fois par jour, surtout en fin de journée», explique Stéphane*, qui comme ses voisins qui ont accepté de témoigner, tient à garder l’anonymat: «On ne veut pas de problèmes avec la Ville, on pourrait se faire expulser…».

Les visiteurs viennent discuter avec les détenus à travers les barreaux. «C’est un peu pénible, surtout le dimanche matin. Généralement, on se montre conciliant quand il s’agit de leurs épouses… quant à leurs amis, franchement, on préfère ne pas prendre le risque de se les mettre à dos!», sourit Jean*, qui a passé l’été dernier à retaper sa maison.

Les fenêtres de la prison sont équipées de vitres inclinées, censées faire office de pare-voix. Leur efficacité semble limitée. «Ca ne sert pas à grand chose. Ils gueulent juste plus fort!», conclut Stéphane.

Natels interdits
Au-delà des nuisances pour les voisins immédiats de la prison, se pose la question du contrôle judiciaire. Inauguré en 1904, l’établissement de Bois-Mermet héberge des accusés en détention préventive. L’emprisonnement avant jugement est en principe destiné à empêcher les contacts pouvant brouiller l’enquête. En septembre dernier, un gardien avait été jugé pour avoir remis à un détenu inculpé d’escroquerie une clé USB, puis un natel. Le canton vient d’ailleurs d’investir dans un système de détecteurs de téléphones mobiles, déjà en fonction à La Croisée, à Orbe, et qui devrait équiper Bois-Mermet courant 2010. Mais à quoi bon confisquer les téléphones s’il suffit aux détenus de causer par la fenêtre?

Pour Denis Pittet, délégué à la communication du Service pénitentiaire vaudois, le problème ne doit pourtant pas être exagéré. «La situation de Bois-Mermet n’a jamais créée de problème par rapport au secret de l’enquête, à ma connaissance. Premièrement, la configuration de la prison ne permet qu’aux détenus des cellules situées aux premier et deuxième étages de communiquer avec l’extérieur. S’il y a un fort risque de collusion, par exemple dans des affaires financières ou bancaires, on mettra la personne dans une cellule du rez-de-chaussée. Et deuxièmement, les surveillants restent attentifs à ce qui se passe et se dit.»

Une affirmation qui fait sourire Jean. «Encore faudrait-il comprendre ce qui se dit… la majorité ne parle pas français», constate-t-il.

Plus loin, quelques gardiens sortent de la prison. Ils ont fini leur service, refusent de s’exprimer et bottent en touche: «on n’entend pas forcément depuis l’intérieur. Si ça pose un problème il faut appeler police-secours», répond simplement l’un d’eux en s’éloignant.

* Nom d’emprunt

Lausanne Cités / 08.04.2010

Les rebouteux font école

rebouteux

Une centre de formation en reboutement ouvre ses portes à Renens. Une forme de thérapie populaire qui ne fait pas l’unanimité au sein du corps médical.

Qui ne connaît pas quelqu’un qui ait déjà fait appel à un rebouteux pour remettre un muscle en place, ou à un faiseur de secret pour une brûlure ou une verrue? Assimilés hier encore à des «sorciers» par une église toute puissante, les guérisseurs font partie depuis toujours du paysage culturel romand. On en distingue trois catégories: les guérisseurs proprement dit, les «faiseurs de secret» et les rebouteux. Ces derniers – particulièrement nombreux dans le canton de Vaud – sont de loin ceux dont la pratique semble la moins «ésotérique» et la plus rationnelle.

C’est en fait la plus ancienne forme de thérapie manuelle: en massant, tordant, appuyant sur l’endroit douloureux, les rebouteux (rebouter = remettre bout à bout) dénouent les nœuds, soulagent et guérissent les blessures musculaires ou articulaires.

Leurs techniques se sont transmises sans interruption de génération en génération dans les campagnes. Mais avec l’urbanisation, les rebouteux traversent une profonde mutation. Alors que traditionnellement le savoir se transmettait dans le cercle familial ou le voisinage, on a vu ces dernières années apparaître des écoles de reboutement, reboutage voire reboutologie.

Déçus de la médecine
C’est ainsi qu’un cours de «massage empirique à but thérapeutique», est proposé depuis février à Renens. De l’aveu même de son initiateur Marcos Drake, la formation «vise surtout les pratiquants d’arts martiaux, d’une part, les masseurs et réflexologues, d’autre part» et n’est pas forcément destinée à n’importe qui. «Tout le monde peut suivre un cours, mas certains auront un instinct, ce que les rebouteux de campagne appellent le don, qui inclut une certaine empathie, une qualité d’écoute, d’autant plus nécessaire que la plupart des gens qui vont consulter un rebouteux le font généralement après avoir été déçus par la médecine ou les médecins.»

 Savoir populaire
«L’ostéopathie étant en phase de médicalisation (lire encadré), on en revient aux pratiques traditionnelles de reboutement, plus proches des gens, plus rapides, moins chères, se réjouit Marcos Drake. Il est essentiel que le public redécouvre, s’approprie et conserve ces connaissances, qui appartiennent depuis toujours au savoir populaire.»


Ostéopathes réticents
Les rebouteux ne font pas l’unanimité parmi le monde médical et les «manipulateurs de corps» diplômés. Les ostéopathes en particulier tiennent à éviter toute confusion.

«Depuis 2007, les ostéopathes sont reconnus comme profession médicale, avec le droit au diagnostic, souligne Pierre Frachon. président de la Fédération suisse des ostéopathes (FSO). On ne peut pas comparer un praticien qui a étudié cinq ans avec un rebouteux qui a suivi une formation de bric et de broc de 350 heures!»

Pour Pierre Frachon, la situation devrait à terme se clarifier: «à terme, toutes ces pratiques alternatives qui n’auront pas prouvé un minimum de sérieux ne seront plus remboursées par les caisses.»

Une évolution qui laisse Marcos Drake de marbre. «Si notre formation est efficace et que le patient est soulagé, le bouche-à-oreille fonctionnera comme il l’a toujours fait pour les rebouteux des campagnes. Remboursés ou non.»

Lausanne Cités / 17.06.2010

Interdiction: les fumeurs sont dans la rue

fumeurs

  • A partir du 1er septembre, il sera interdit de fumer dans tous les lieux publics.
  • Les nuisances sonores pour les riverains vont augmenter.
  • Le compromis des fumoirs ne satisfait personne: trop chers, ils pourraient être bannis par une initiative fédérale plus sévère.

Le 30 novembre 2008, les Vaudois, tout comme les Fribourgeois et les Valaisans, se prononçaient très largement en faveur de l’interdiction de la fumée dans les lieux publics. En donnant la faveur, du bout des lèvres (69,42 contre 68,21% !), au contre projet du Conseil d’Etat, ils laissaient néanmoins la possibilité aux cafetiers-restaurateurs de créer des fumoirs sans service.

L’expérience de la plupart des pays européens, puis plus près celle d’autres cantons comme Genève, a montré que l’interdiction de la cigarette dans les bars a pour conséquence principale une augmentation des nuisances sonores pour les riverains. Sans oublier les mégots qui transforment certains trottoirs en cendriers géants. Quand les fumeurs sont dans la rue, les voisins toussent.

«C’est notre principal souci, reconnait Jean-Ephrem Ody, du Standard, fataliste. Mais nous n’avons pas vraiment le choix. Un fumoir coûterait beaucoup trop cher, et de toute façon nous n’aurions pas la place.»

«Nous avons la chance de ne pas avoir de voisins directs, se réjouit Thierry Thomas, du bar Le Luna. Et nous songeons à transformer nos bureaux, au sous-sol, en fumoir. Mais dès cet hiver, pour les fumeurs, ça va être dur. Personnellement, j’arrête de fumer en septembre», sourit-il en s’allumant une cigarette.

Autre problème: les clients indélicats qui pourraient être tentés de sortir fumer et d’en profiter pour s’éclipser sans payer. «Nous serons contraint d’encaisser les consommations tout de suite, reconnaît Thierry Thomas. Cela va changer quelques habitudes. Il faudra aussi être plus attentif aux vols à la tire, aux affaires laissées sans surveillance pendant que leurs propriétaires fumeront dehors.»

Fumoirs trop chers
Quand le Grand Conseil a adopté la loi cantonale contre la fumée passive, les discussions se sont focalisées sur les fumoirs. Pour leurs partisans, ceux-ci devraient justement réduire le nombre d’accros de la clope contraint de faire le pied de grue à l’extérieur. Ventilés, munis de portes automatiques, les fumeurs pourront y emmener leur boisson. Mais le personnel n’y entrera pas. Les députés ont également refusé que des automates à boissons ou des Tactilo puissent y être installés. «Il ne faut pas rendre les fumoirs attractifs», a expliqué le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard.

Si peu attractifs, en fait, qu’ils n’ont même pas séduits les cafetiers. Parmi les 2200 établissements du canton, la grande majorité ne pourront pas procéder aux aménagements nécessaires: bien trop chers (entre 15 000 et 60 000 francs). Et encore faut-il que l’établissement ait la place à disposition. Une situation qui génère une différence de traitement difficilement justifiable entre petits et grands établissements.

La question des fumoirs pourrait de toute façon être réglée par Berne. Une initiative fédérale plus restrictive encore vient en effet d’être lancée par les milieux antifumée (www.sansfumee-oui.ch) et rendrait les fumoirs vaudois illégaux. De quoi dissuader tout investissement dans l’intervalle.

Déos plutôt que clopes?
Ces dernières années, la plupart des clubs ont investi dans des ventilations plus performantes et coûteuses, des installations capables de traiter 40 m³ d’air à l’heure. Des frais pour rien? Peut-être pas, selon Thierry Thomas, du Luna. «Les clubs ne seront bientôt plus sponsorisés par les cigarettiers, mais par les marques de déodorants – 300 personnes qui transpirent, sans la fumée pour masquer les odeurs corporelles…»

Le Mad bien seul
Le Darling fut le premier lieu nocturne entièrement non fumeur de Lausanne, puis le premier à disposer d’un fumoir. Mais victime du succès et du manque d’espace, l’ancien enclos à fumeurs sert désormais à entreposer les stocks de boissons. «Nous avons l’avantage d’être situé dans les Galeries St-François, nos clients pourront fumer à l’abri cet hiver. D’autres n’auront pas cette chance», relève Daniel Slicer. «L’idéal serait de pouvoir disposer quelques tables hautes, sans service, et des cendriers devant l’entrée, mais je doute que la ville nous y autorise», regrette le gérant.

Rien de prévu non plus au King Size Pub. Pour un des serveurs, «les fumoirs représentent peut-être davantage une solution pour les clubs». Le Mad, juste en face, est en effet pour l’heure le seul lieu nocturne lausannois à proposer non pas un, mais deux fumoirs, l’un sur la galerie au-dessus de la salle principale, l’autre à la «Zapoff», au dernier étage.

Du côté du rock, l’installation d’un fumoir n’est pas à l’ordre du jour, ni aux Docks – «Nous envisageons éventuellement de faire une demande pour avoir une terrasse», explique Nathalie Koch – ni au Romandie – qui interdisait déjà la fumée pendant les concerts quand il se trouvait encore sur la place de la Riponne. Le Jagger’s avait lui aussi banni la cigarette dès le 1er juillet de l’an passé, anticipant l’interdiction.

Lausanne Cités / 20.08.2009

La gauche défend-elle les casseurs?

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  • Lors du défilé du 1er Mai, la police est intervenue de manière préventive contre une poignée de jeunes anarchistes.
  • Les élus d’extrême gauche dénoncent la «répression» et en appelle à une manifestation masquée et non autorisée.
  • Le POP désavoue son représentant au gouvernement, la droite critique le jeu trouble des «élus révolutionnaires».

L’an passé, à l’occasion du 1er Mai, la manifestation des «autonomes» avait réuni quelques 200 jeunes anarchistes et s’était soldée par plusieurs vitrines brisées et des dizaines de milliers de francs de dégâts. La police avait procédé à une trentaine d’interpellations, sous une pluie de pierres et de bouteilles. Les «anticapitalistes» avaient promis, par sites internet interposés, de «poursuivre la lutte». Annonçant leur volonté d’en découdre, ils s’étaient joints, cette année, au défilé syndical de la Fête du travail. La police, estimant que les jeunes du «bloc révolutionnaire», dont plusieurs étaient cagoulés, avaient clairement l’intention de perturber la manifestation, a alors opté pour une intervention préventive, en les isolant du cortège pour relever leurs identités. Quatre d’entre eux, connus des services de police, ont été interpellés et une centaine d’œufs remplis de peinture ont été saisis.

Scandalisée, l’extrême gauche politique et associative lausannoise, réunie sous la bannière des «Casseurs et Casseuses de pré-jugés» dénonce depuis la «répression» et les «arrestations au faciès» qui auraient été pratiquées ce jour-là par la police. Ses ténors habituels en appellent à une manifestation contre le «retour du fichage policier», jeudi 9 juin à 18 h la place de la Palud. Une manifestation pour laquelle aucune autorisation n’a été demandée, et dont les participants seront masqués, en signe de protestation contre le projet de loi cantonale interdisant les cagoules et objets dangereux lors des manifestations, un projet accepté par le Grand conseil fin mai et qualifié par le collectif des «Casseurs…» de «délire sécuritaire».

Comme les hooligans
«Le droit de pouvoir manifester de manière anonyme, sans être enregistré, fiché, classé, est une revendication légitime, martèle Alain Hubler, conseiller communal POP. Des employés craignent de se faire licencier pour leurs opinions. Dans un contexte différent mais à peu près similaire, l’UDC propose déjà que les hooligans arrêtés en marge des matches des foot soient dénoncés aux patrons, ou que leurs photos soient publiées sur internet!»

«La surveillance systématique et la criminalisation de ceux qui remettent en cause le système s’intensifie, assure de son côté Jean-Michel Dolivo. Je ne pense pas que casser des vitrines fasse avancer les choses, mais qu’est-ce en comparaison de la casse sociale et écologique qu’entraîne le capitalisme sauvage et la politique des grandes banques? Il faut relativiser.»

Un parallèle parlant, mais qui laisse dubitatif Marc Vuilleumier, très vivement attaqué par son propre camp. «On peut critiquer le système capitaliste, mais je crois que casser pousse au contraire les gens dans le camp opposé à nos idées.» Le municipal de la police assume par ailleurs ses responsabilités dans l’intervention du 1er Mai. «Je ne suis pas du genre à me défiler. J’accepte qu’on me dise que j’ai eu tort, mais vu les informations dont on disposait avant le cortège, le dispositif était adapté.»

Double discours?
La double casquette d’un élu comme Jean-Michel Dolivo, avocat député au Grand conseil, d’une part, et coorganisateur de la manifestation illégale de jeudi, fait grincer des dents à droite. Pour le secrétaire général du PDC lausannois José Martinho, «Il est fort regrettable de constater que ce sont nos élus, dépositaires de la confiance du peuple qui leur a accordé son vote, les premiers à porter atteinte à nos institutions, créant ainsi un grave précédent.» «Il faudrait que ces élus de gauche commencent par quitter leurs vieux réflexes révolutionnaires et leur sympathie pour les manifestants violents s’ils voulaient que l’on ne fasse pas d’amalgame rapide entre casseur et gauchiste» renchérit le député libéral Jacques-André Haury.

Jean-Michel Dolivo, pour sa part, refuse de se justifier et botte en touche. «La question du double discours concerne plutôt le POP, qui condamne aujourd’hui une action policière autorisée par son représentant à l’exécutif…»

«Mystificateurs»
«L’unité de la gauche de la gauche» qu’avait selon le popiste Julien Sansonnens provoquée l’intervention du 1er Mai n’aura pas tenu bien longtemps, d’autant que les «autonomes» eux-mêmes se sont publiquement désolidarisés de la manifestation de jeudi, «organisée par les mystificateurs de la gauche lausannoise», et n’y participeront pas. Sur leur site, le communiqué poursuit: «Nous avons été pris pour cible, non pas pour des faits, mais à cause de nos positions politiques. Parce que nous sommes partisans de la rupture avec l’État et le patronat, parce que nous ne souhaitons pas la paix du travail mais la lutte des classes, parce que nous exprimons haut et fort notre antagonisme». Un surfeur anonyme, sous le pseudonyme de Scipion, résume peut-être le fond du problème en leur rétorquant: «Quand on est tout ça, il faut pas s’étonner d’en prendre plein la gueule, de la part de ceux qui ne sont pas partisans de la rupture avec l’Etat et le patronat, qui souhaitent la paix du travail et pas la lutte des classes et qui vous prennent «antagonistement» au mot quand vous exprimez haut et fort votre antagonisme.»

 

Les faits d’armes des émeutiers à Lausanne

  • 1er juin 2003 – Réunion du G8 à Evian
    Le 1er juin au matin, une manifestation non autorisée tourne à la mise à sac. La station AGIP de l’avenue de Rhodanie, le Garage Alfa Romeo à l’avenue Montchoisi et l’hôtel Royal Savoy en particulier sont saccagés.  Bilan: 7 policiers et 14 manifestants blessés, 322 personnes interpellées, 30 dénonciations et 80 plaintes pénales pour dommages à la propriété.
  • 18 septembre 2007 – Visite de Christophe Blocher au Comptoir Suisse
    A l’issue d’une manifestation anti-UDC, une cinquantaine de casseurs s’attaquent au Palais de Baulieu, brisant vitrines et portes, incendiant les poubelles et fracassant du matériel de chantier pour construire des barricades auxquelles ils mettent le feu. La police, attaquée à coup de bouteilles et de pierres, recoure aux balles en caoutchouc et aux gaz lacrymogènes pour disperser les émeutiers avant qu’ils n’atteignent le centre-ville.
  • 27 mai 2008 – Conférence de Christophe Blocher en gare de Lausanne
    La police intervient en nombre pour repousser environ 200 émeutiers hors de la gare et protéger le McDonald’s. Trois policiers sont blessés,  mais les dégâts se limitent aux guichets CFF ainsi qu’à quelques poubelles et panneaux d’affichages arrachés.

Lausanne Cités / 04.06.2009

Renens, la folie des grandeurs?

renens

  • D’ici à 2020, l’Ouest lausannois accueillera près de 30’000 nouveaux habitants.
  • A coup de grands chantiers, Renens s’y prépare: la banlieue souhaite se transformer en ville.
  • La syndique Marianne Huguenin a fait le pari de la culture. Un choix qui semble faire l’unanimité.

«Investir dans la culture, c’est aussi une façon dynamique de répondre à la crise. D’autres villes, comme Liverpool, ont rebondi en transformant leurs structures industrielles en espaces culturels. Ici, la création de l’ECAL, une ancienne usine devenue école d’art, en est un bon exemple…»

Comparer Renens avec la ville des Beatles, il fallait oser. Il est vrai que Marianne Huguenin, syndique POP de Renens, a de grandes ambitions pour «sa» ville. Après tout, celle-ci a bien été sacrée «Capitale culturelle» (suisse, en 2006) deux ans avant Liverpool («Capitale européenne de la culture» 2008)…

Ouvert depuis janvier, le chantier de la place du Marché se prolongera jusqu’en octobre 2010. Pour l’heure, le futur cœur de Renens n’est qu’un immense trou béant où rugissent les pelleteuses. A deux pas, la gare centenaire attend son tour, prévu pour 2011, et l’arrivée du M3, qui reliera le Flon à Bussigny. Un peu plus loin, à la ferme du Tilleul, les travaux du mystérieux «Autre Musée» ont déjà commencé.

Renens est en pleine crise de croissance. D’ici à 2020, l’agglomération Lausanne-Morges devrait accueillir jusqu’à 40’000 nouveaux habitants, dont les ¾ s’établiront à l’Ouest. Dopé par la perspective de cette explosion démographique, Renens se voit déjà en Liverpool-sur-Broye, et investit: la Municipalité, à majorité de gauche, vient de demander une enveloppe supplémentaire de sept millions au Conseil communal. Renens, la folie des grandeurs?…

«C’est une autorisation de dépenser, ça ne veut pas dire qu’on va acheter, tempère Marianne Huguenin, qui est également présidente du SDOL, le «Schéma directeur de l’Ouest lausannois». Depuis le début de cette législature, nous avons acheté pour 4 millions de terrain ou d’immeubles, c’est vrai. Mais à peine plus d’un million pour la législature précédente, ce qui est très peu pour une ville de la taille de Renens. Non, on ne peut pas parler de folie des grandeurs. C’est une politique totalement justifiée de la part des pouvoirs publics que de se donner les moyens d’être des acteurs prépondérants dans le développement de la ville, en achetant à certains moments des immeubles ou des terrains stratégiques ou importants.»

Créer un cœur?
Plus que jamais, Renens voudrait«quitter l’étiquette peu adéquate de banlieue», selon les mots de sa municipale de l’urbanisme, Tinetta Maystre. Renens se rêve ville, structurée autour d’un vrai centre, vivant et convivial. Mais la réalité est ingrate, et tenace. Peut-on créer un cœur urbain de toutes pièces, là où il n’y avait pas grand-chose d’autre jusqu’ici qu’un parking à ciel ouvert, isolé entre une route de transit et une gare de triage?

«C’est vrai que Renens n’a pas de vieux centre historique, reconnaît Marianne Huguenin. Il y avait des usines à la place des centres commerciaux actuels. Mais cela fait quand même trente ans qu’une Place du marché existe à cet endroit! Et les chantiers futurs ont justement pour but de réduire ces obstacles. La rénovation de la gare permettra la construction d’une nouvelle passerelle au-dessus des voies ferroviaires. Et l’arrivée du tram impliquera tout un travail sur l’Avenue du 14-Avril, pour en faire une rue à double sens, et non plus une semi-autoroute qui coupe la ville en deux.»

«Décalé de la réalité»
Tous les Rénannais ne sont pourtant pas convaincus. «Est-ce que l’essentiel est vraiment d’avoir un nouveau centre Coop à Renens, en face de la Migros, à 200 mètres du magasin de la gare et à 15 minutes à pied du Léman Centre de Crissier?» s’interroge Marcos Drake, le très dynamique fondateur et enseignant de l’école d’arts martiaux du Cercle du Dragon, installé depuis 2006 à la rue du Midi. Quant au musée, «l’idée est sans doute bonne, mais totalement décalée par rapport à la réalité de Renens. Le public pour ce genre de choses n’existe tout simplement pas ici!»

«Le musée est encore un projet en construction, rétorque Marianne Huguenin. Le pari consistera exactement en cela: en faire un musée qui soit à la fois implanté au niveau d’une population, qui est celle de Renens mais plus largement celle de l’Ouest de l’agglomération lausannoise, et qui ait un rayonnement international. Nous, on y croit!»

L’insécurité, toujours
Pourtant Renens n’en a pas fini avec son image de ghetto ouvrier vaguement dangereux. Vitrines explosées, jet de cocktail Molotov, menaces, fermeture de l’«espace jeune» du CRA (Centre de rencontre et d’animation) et démission de son ex-coordinatrice Valeria Mainini, polémiques autour de la surmédiatisée «bande de la gare» et du sentiment d’insécurité dont la majorité de gauche aurait mis longtemps à reconnaître la réalité… Le Rassemblement du centre-droite de Renens (RCDR) vient de déposer une motion demandant que l’on profite de la rénovation de la gare et de ses environs pour y installer des caméras de surveillance. Sur le site de 24heures, un internaute s’emporte: «Depuis le temps que cette bande casse tout, nous vole, nous crame, marre!».

«C’est aussi ça la réalité de Renens, regrette Marcos Drake. Les familles de 4 à 6 enfants logées dans des trois pièces ne sont pas rares ici. Les jeunes sont dehors toute la journée. Comme ils n’ont même pas l’argent pour aller jusqu’à Lausanne, ils trainent dans les centres commerciaux, et plus tard autour de la gare, puisqu’il n’y a pas d’espaces verts. C’est peut-être ce qui manque le plus, d’ailleurs…»

«Comme dans toutes les villes de ce pays, nous avons bien sûr des problèmes avec une toute petite minorité de la jeunesse qui cherche sa place, parfois en cassant, soupire Marianne Huguenin. Renens ne prétend quand même pas être une ville idéale…»

Lausanne Cités / 30.04.2009