Tesla et compagnie : la quête de l’énergie libre

« Dans l’espace, il existe une forme d’énergie libre, infinie, qui permettra à l’humanité de mettre en harmonie ses techniques énergétiques avec les grands rouages de la nature. Cette découverte n’est qu’une question de temps. » Nikola Tesla
Article paru dans Le Chou Brave 36, juin 2021.

I. Tesla, le génie visionnaire

Peu de personnages de l’histoire des sciences sont entourés d’une aura de légende comparable à celle de Nikola Tesla. Scientifique, physicien, ingénieur, inventeur, visionnaire, idéaliste, aucun terme ne semble suffire à définir le personnage, a part celui de génie.

Si vous ne pouvez imaginer la vie sans votre smartphone, remerciez Nikola Tesla. Il a inventé, prédit ou contribué au développement de centaines de technologies aujourd’hui familières: néons et lampes fluorescentes, radio et transmission sans fil, ordinateurs et télécommandes, faisceaux laser, rayons X, radar, robots ou drones télécommandés et, bien sûr, le courant alternatif, qui a permis d’électrifier et d’illuminer la planète. Avec plus de 280 brevets à son nom, presque tout ce qui fonctionne à l’électricité doit quelque chose à Nikola Tesla.

Savant fou et moine scientiste

Acteur principal de la révolution électrique, Tesla a incarné et défini le cliché du « savant fou », excentrique et brillant. En 1889, la bobine électrique géante de son laboratoire projetait des arcs lumineux de dix mètres, alors qu’à l’extérieur un immense mat métallique surmonté d’une boule en cuivre produisait des éclairs artificiels dont le fracas s’entendait à une quinzaine de kilomètres (et qui finiront par faire exploser la centrale électrique d’El Paso).

Tesla voulait exploiter l’énergie du soleil, pensait qu’il serait possible de contrôler la météo avec des ondes électriques, et envisageait « un système mondial de communications sans fil qui permettra de relayer les messages téléphoniques à travers l’océan; diffuser des nouvelles, de la musique, et même des images dans n’importe quelle partie du monde. Lorsque la communication sans fil sera pleinement appliqué, la Terre sera convertie en un énorme cerveau, capable de répondre dans chacune de ses parties », écrivait-il…. Il y a plus de 130 ans !

Tesla était aussi une sorte de « moine scientiste » qui n’eut jamais la moindre liaison sentimentale, préférant se consacrer entièrement à l’œuvre de sa vie, et qui affirmait ne jamais dormir plus de deux heures par nuit. Il était capable de visualiser mentalement des installations électriques complexes puis de les construire sans dessiner de plans. Fortement influencé par le philosophe et maitre spirituel hindou Swami Vivekananda, Tesla s’opposait avec véhémence aux nouvelles théories d’Albert Einstein, affirmant que la fission atomique comme source d’énergie était une voie sans issue – aucune énergie ne devait être créée par la destruction.

La genèse d’un génie

Nikola Tesla est né le 10 juillet 1856 à Smiljan, dans la province de l’Empire austro-hongrois correspondant aujourd’hui la Croatie, de parents serbes. Dote d’une mémoire prodigieuse, il étudie brillamment à l’Université de Prague et à l’Institut polytechnique de Graz. A 24 ans, Tesla a soudainement l’intuition qui va changer sa vie : dans un instant d’illumination, il « voit » le principe du moteur à induction, fonctionnant au courant alternatif, celui-là même qui allait déclencher la révolution industrielle au tournant du siècle. Incapable d’intéresser quiconque en Europe à ce dispositif radicalement nouveau, Tesla embarque l’année suivante pour New York, où il se fait engager par Thomas Edison. Leur relation finira mal : le richissime Edison à toute misé sur le courant continu, Tesla sait déjà que le courant alternatif représente l’avenir.

En novembre 1890, Tesla parvient pour la première fois à illuminer un tube à vide sans fil électrique –en transmettant l’énergie à travers l’air. C’est le début d’une obsession qui le poursuivra toute sa vie.

L’énergie du vide

C’est en 1887, à l’âge de 31 ans, que Nikola Tesla évoque pour la première fois le concept de l’énergie libre, à Londres. Lors d’une conférence, il explique que ce dont le monde a besoin, c’est d’une « forme d’énergie propre, accessible partout et tout le temps, facile à produire, et illimitée. Une énergie encore non exploitée, qui permettra de bâtir un monde qui ne dépendrait plus des combustibles fossiles ». Cette énergie sous-jacente, pour Tesla, ne se trouvait pas dans la matière, mais dans le vide – dans l’espace entre les particules de chaque atome.

En 1889, étant parvenu à la conclusion que l’air en montagne, moins dense, était plus plus conducteur, Tesla quitte New York et fait construire sa première station expérimentale, à Colorado Springs. Pendant neuf mois, il y mènera des expériences autour de la transmission de l’énergie sans fil. Son idée initiale de était d’utiliser la Terre comme une sorte de « supraconducteur ». Il aurait ainsi envoyé à travers le sol un signal suffisamment puissant pour éclairer des tubes à vide plantés en terre à plusieurs kilomètres de distance.

Une autre approche consistait à transmettre l’énergie via l’ionosphère. Tesla soupçonnait que cette couche de l’atmosphère, située à 80 km d’altitude, pouvait être très conductrice et, encore une fois, son intuition était correcte (un siècle plus tard, l’armée américaine allait reprendre et poursuivre les recherches de Tesla avec le controversé projet HAARP, pour High Frequency Active Auroral Research Program). Tout ce qui lui manquait, c’était les moyens techniques pour envoyer de l’énergie électrique à une telle altitude. Au début de 1890, Tesla retourne à New York entièrement convaincu qu’il pouvait y parvenir.

La tour inachevée de Wardenclyffe

Tesla propose alors au financier J.P. Morgan, un des hommes les plus puissants de son temps, de financer son projet. L’inventeur fait construire une tour de 60 mètres surmontée d’un dôme métallique de 55 tonnes, qui devait permettre la transmission non seulement d’informations, mais surtout d’énergie partout autour du globe, via l’ionosphère, sans aucune limite de quantité ni de distance.

Hélas, la tour de Wardenclyffe sur Long Island restera inachevée: J.P. Morgan, son investisseur, met fin au financement pendant la construction, lorsqu’il réalise que le vrai but de Tesla est la transmission d’énergie, et non d’informations. Brisé, Tesla doit abandonner définitivement son grand projet.

Nikola Tesla n’arrivera jamais à concrétiser sa vision. Il restera toute sa vie convaincu de la possibilité de capter une énergie illimitée, n’ayant nul besoin d’être centralisée ni redistribuée par des moyens lourds comme la tuyauterie ou les câbles. Une énergie capable d’assurer à chacun une autonomie énergétique totale. Réussir à transformer et à transmettre cette énergie a été l’obsession de Tesla, et conduira peut a peu à la marginalisation et à la chute ultime de l’un des plus grands inventeurs de notre temps – un mégalomane de génie qui poursuivait ses visions, quoi qu’il en coûte, tandis que d’autres, l’Italien Marconi par exemple, gagnaient des millions grâce à ses inventions. Car à l’inverse d’Edison, Tesla n’avait aucun intérêt pour l’argent. Ses recherches répondaient à des préoccupations humanistes, et non financières.

II. L’énergie libre, rêve impossible ou vaste complot ?

Depuis Tesla, l’énergie libre est au centre d’une controverse sans fin. Sa possibilité même est rejetée par la communauté scientifique, pour laquelle elle va à l’encontre des lois physiques établies.

L’argument central des sceptiques est le suivant : les dispositifs créateurs d’énergie libre se fondent sur un principe de base : celui du surnuméraire. Cela signifie que ces appareils seraient en mesure de fournir plus d’énergie qu’ils n’en reçoivent pour fonctionner, ce qui est considéré comme une impossibilité. En effet, les transformations et les circulations énergétiques sont régies par des principes incontournables : les lois de la thermodynamique. Lors de toute réaction physique ou chimique, non seulement l’énergie disponible à la fin ne peut pas être supérieure à l’énergie disponible au départ (un moteur électrique alimenté en électricité ne pourra pas fournir une énergie supérieure à l’énergie reçue), mais l’énergie utilisable est généralement inférieure à la fin, car une partie se dissipe (dans le cas d’un moteur électrique, des pertes en chaleur et en friction sont forcément engendrées). Bref, si l’on suit ces lois physiques fondamentales, le principe d’une production d’énergie surnuméraire est tout simplement impossible.

Repousser les lois physiques

Pour les défenseurs de l’énergie libre, la physique quantique a démontré que les lois physiques ne sont pas absolues. L’univers serait constitué de plusieurs dimensions, des particules pourraient exister simultanément à plusieurs points de l’univers, il serait possible de téléporter de la matière à travers de la matière, ou de l’information à travers l’espace instantanément.

Au niveau subatomique, tout est énergie. L’« énergie libre » serait en réalité l’énergie électromagnétique contenue dans la trame de l’Univers, le champ primordial présent dans l’espace et la matière, qui occupe tout le «vide» qui nous entoure.

S’il était possible, en polarisant légèrement ce vide par des phénomènes encore mal expliqués mais reposant sur l’électromagnétisme, de convertir partiellement cette énergie du vide en forcee utilisable, alors les machines à énergie libre ne violeraient pas le sacro-saint principe de conservation de l’énergie : elles ne feraient que transformer l’énergie disponible au plus profond de la structure de l’univers en force électrique ou mécanique.

Toutefois, comme on l’a vu, le problème serait non seulement de trouver le moyen d’extraire l’énergie du vide, mais aussi de l’extraire sans dépenser plus d’énergie que l’on ne peut espérer en récupérer. Mais si ce moyen existait, était connu… mais qu’on nous le cachait ? Si les lobbies de l’énergie pétrolière et nucléaire, de la finance et les Etats avaient volontairement crée un climat général de désinformation et d’ignorance autour de technologies avancées qui auraient le potentiel de remplacer les méthodes de production actuelles ? Si des groupements d’intérêts pesant des centaines de milliards avaient empêché ces sources d’énergie d’être connues du grand public, afin de conserver leur monopole sur la production d’énergie et maintenir le statu quo?

La piste électromagnétique

Tesla peut être considéré comme le père de l’énergie libre, mais il est loin d’être seul. Depuis des décennies, de nombreux inventeurs et scientifiques affirment avoir mis au point différent types de générateurs d’énergie, exploitant différentes sources. On peut citer la dégravitation de Léon-Raoul Hatem en 1955, le générateur optique à Dynamo de Walter Russell en 1961, le moteur-générateur de John Bedini, le générateur homopolaire N-1 de Bruce De Palma dans les années 80…

Particulièrement remarquable, l’« energy machine » électromagnétique de Joseph Newman, produisait 25 fois plus d’électricité qu’elle n’en consommait en convertissant la masse en énergie. Malgré plusieurs analyses indépendantes ayant toutes confirmé que l’appareil fonctionnait exactement comme Newman l’affirmait, l’Office des brevets américain a toujours refuse de l’homologuer, arguant qu’il s’agissait d’un machine a mouvement perpétuel, impossible par définition.

Fusion froide et gaz solides

Dans un registre différent, le catalyseur d’énergie, ou E-Cat, inventé en 2010 par deux Italiens, Andrea A. Rossi et le professeur Sergio Focardi, aurait dû être le premier appareil domestique capable de fournir de l’énergie à partir de la fusion froide du nickel. Toutefois, après des années d’étude et plusieurs millions d’euros d’investissement, et bien que l’invention ait été brevetée, son fonctionnement n’a jamais été reconnu par la communauté scientifique et le projet a été arrêté.

Vingt ans plus tôt, Stanley Pons, un électrochimiste américain, président du département de chimie de l’Université de l’Utah, avait déjà annoncé la production expérimentale de « N-Fusion », une sorte de fusion à froid. Ses résultats n’auraient malheureusement jamais pu être reproduits, et son laboratoire, parraine par Toyota, a fini par fermer ses portes en 1998. On y reviendra.

Nettement plus ésotérique, la Keshe Foundation est une organisation menée par le physicien iranien Mehran Keshe, inventeur d’une multitude de technologies contestées liant énergie libre, anti-gravité et traitements de diverses maladies. Son générateur aurait la capacité d’alimenter des appareils sans qu’il soit nécessaire de les connecter au réseau électrique (ou au moins de réduire très fortement leur consommation). La théorie unificatrice de Keshe, qu’il appelle Magrav, stipule que la gravité est créée par les champs magnétiques, ce qui s’oppose aux théories traditionnelles de la gravité et de l’électromagnétisme. La technologie de Keshe repose aussi sur ce qu’il nomme le plasma, et en particulier le champ magnétique plasmatique, une énergie non-mesurable mais décrite comme une panacée avec des applications dans les domaines de la propulsion mais aussi de la santé, de l’agriculture et de la psychologie. Le GANS, acronyme pour Gas in A Nano State, soit des nanoparticules de «gaz solide», ainsi que la fusion de la matière, de l’antimatière et de la matière sombre, sont d’autres concepts assez déroutants utilisés par Keshe.

Moteur moléculaire et « bidule de Dumas »

Une autre technologie, tout aussi déroutante, est celle du moteur quantique, qui consiste à faire passer un électron dans un infime défaut d’un cristal de diamant afin de créer des ondes électromagnétiques en superposant deux niveaux d’énergie – en comparaison avec un moteur de voiture, cela correspondrait à avoir un piston à la fois en position haute et en position basse. Ou encore celle du moteur moléculaire, constitué de 16 atomes, et développé en Suisse par l’EPFL et le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux.

A l’opposé de ces technologies de pointe, le résonateur à eau est un procédé étrange par sa simplicité, découvert en 2014 par un bricoleur et chercheur autodidacte ardéchois, passionné par les énergies libres, Jean-Christophe Dumas, qui a mis ses plans en open source. Le résonateur à « Effet Dumas », une sphère métallique électrifiée et plongée dans l’eau, produirait jusqu’à 20% d’énergie en plus qu’il n’en consomme. On est encore loin de « l’énergie infinie » qu’imaginait Tesla, mais ce pourrait être un début.

Les morts étranges : Eugene Mallove et Stanley Meyer

Eugene Mallove était un scientifique américain, partisan passionné par la fusion froide et les énergies alternatives, enseignant au prestigieux Massachussets Institute of Technology (MIT) et à l’Université de Boston, et rédacteur scientifique en chef du MIT. En 1991, il démissionne avec fracas, clamant que le MIT cache les données sur la fusion froide, notamment pour protéger le financement et la réputation de la recherche nucléaire traditionnelle.

Mallove publie alors son livre Fire from Ice, consacré à la fameuse expérience de fusion froide de Stanley Pons à l’Université de l’Utah. Il y affirme que l’équipe a bien produit une énergie de sortie fortement surnuméraire (supérieure à l’énergie d’entrée), au cours d’une expérience reproduite avec succès à plusieurs reprises, mais que les résultats auraient été supprimés, et les chercheurs pris pour cibles par une violente campagne de dénigrement organisée.

Après avoir lancé le magazine Infinite Energy et fondé la New Energy Foundation, il meurt assassiné, le 14 mai 2004, dans des circonstances mystérieuses. Il faudra attendre six ans, et une promesse de récompense de 50’000 dollars, pour que la police arrête enfin deux suspects, qui finiront par avouer les faits. Mallove aurait expulsé de leur logement les parents de l’un d’eux en raison de loyers impayés. Alors qu’il était revenu un mois plus tard pour vider et nettoyer l’appartement, il y aurait été surpris et battu à mort par les deux hommes, qui ont été condamnés.

Le mystère du moteur a eau

Stanley Meyer affirmait quant à lui avoir conçu un moteur à eau, utilisant la fission des molécules d’eau pour en extraire l’hydrogène et l’oxygène qu’elles contiennent (le mélange dihydrogène-dioxygène est combustible), tout en consommant peu d’énergie électrique. Il avait équipé plusieurs voitures de son prototype, et affirmait pouvoir faire le trajet de Los Angeles à New York avec 83 litres d’eau seulement. Le rendement de son « séparateur de molécule » était selon lui supérieur à… 1000% ! Meyer sera toutefois condamné pour fraude à deux reprises, les juges estimant qu’il s’agissait en réalité d’une électrolyse classique, au rendement bien inférieur.

Stanley Meyer décède subitement le 21 mars 1998, à la sortie d’un restaurant. Le rapport d’autopsie conclut à une rupture d’anévrisme, à l’âge de 57 ans. Ses défenseurs parlent plutôt d’empoisonnement, impliquant plusieurs pays producteurs de pétrole et le gouvernement américain.

Une question de temps ?

La question de l’énergie libre reste ouverte. Est-il raisonnable de penser que nous avons aujourd’hui tout découvert, que l’humanité est au zénith de sa compréhension de l’univers ? La technologie exploite-t’elle pleinement tous les phénomènes, ressources naturelles et champs d’énergie existants ? Savons-nous tout ce qu’il y a à savoir sur l’électromagnétisme?

Pour mémoire, a première automobile connue a été construite vers 1672. Il s’agissait d’un jouet appartenant à l’empereur de Chine. Il aura fallu des centaines d’années de tâtonnements et d’échecs pour en faire un mode de transport qui allait révolutionner le monde…

Communiquer à la vitesse de la lumière

Allumer sa lampe de bureau pour se connecter : c’est ce que promet le LiFi, une technologie française qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’ère des objets connectés, tout en se passant des ondes électromagnétiques et de leurs effets potentiellement nocifs.

Monsanto et le Roundup: menaces sur le vivant

Le Sri Lanka avait été parmi les premiers, dès 2015, à interdire totalement l’importation de tous les herbicides à base de glyphosate…. mais a été contraint de faire machine arrière peu après.
Article paru dans Le Chou Brave 35, avril 2021.

L’agriculture intensive y est accro, les consommateurs n’en veulent plus, les gouvernements transpirent et la crédibilité des experts est anéantie par les révélations de corruption. La saga du pesticide le plus utilisé de tous les temps semble pourtant loin d’être terminée.

Une success story globale… et des affaires à la pelle

Tout le monde connait le tristement célèbre désherbant Roundup, le bestseller mondial de la firme américaine Monsanto. Sa substance active est le glyphosate, découvert dans les années 50 par le chimiste suisse Henri Martin. En 1974, Monsanto en acquiert les droits. Entre 1975, date de sa mise sur le marché, et 2014, son usage passe de 3 200 tonnes par an à… 825 000 tonnes ! Une augmentation spectaculaire due à l’adoption massive, en parallèle, des semences génétiquement modifiées pour le tolérer, dites «Roundup ready». Des semences développées… par Monsanto.

Vendre à la fois le désherbant et les OGM qui le supportent, voilà une stratégie commerciale imparable, qui va faire la fortune de l’entreprise américaine. En 2000, le brevet du glyphosate tombe dans le domaine public. Il entre aujourd’hui dans la composition de pas moins de 750 produits commercialisés par une centaine de sociétés dans plus de 130 pays.

En 2017, Monsanto est racheté par la firme allemande Bayer, qui devient ainsi le n°1 mondial… mais voit fondre son cours en bourse de plus de 40% en trois ans, plombes par les procédures judiciaires.

Un produit classé « cancérogène probable » depuis 2015

En 1999, le docteur James Parry informait déjà Monsanto du caractère génotoxique du glyphosate : la molécule pourrait susciter des cancers. En 2002, le CNRS en Bretagne confirme le développement de cancers sur les cellules d’oursins. Une étude argentine démontre que les embryons de vertébrés exposés présentent des troubles du développement. Le fabricant ne tient aucun compte de ces études.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), classe le glyphosate génotoxique – il endommage l’ADN –, cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme. Et pourtant, ni l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ni l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), ne suivent ce diagnostic.

Les sales révélations des Monsanto Papers

La déclassification ordonnée par la justice américaine, deux ans plus tard, de millions de documents confidentiels de Monsanto, a révélé notamment comment le groupe a rémunéré, directement ou indirectement, des chercheurs, experts et scientifiques afin de discréditer les lanceurs d’alerte du CIRC, donner une image positive de son produit et obtenir le feu vert des autres agences de surveillance. Entre autre, Monsanto a pratiqué le « ghostwriting », une technique de fraude scientifique qui consiste à écrire un article et à le faire endosser, moyennant finance, par un scientifique renommé qui prétend en être l’auteur.

Les Monsanto Papers ont aussi dévoilé les manœuvres de Monsanto contre le CIRC : les chercheurs ont été menacés par les avocats de la firme, leur travail dénigré, leur honnêteté mise en cause, les bailleurs de fonds de l’institution approchés pour qu’ils cessent de la financer.

Monsanto a également créé de faux groupes d’agriculteurs contre l’interdiction du glyphosate dans au moins sept pays d’Europe. En France, ce groupe s’appelait « Agriculture et Liberté » et prétendait être « unis pour protéger notre mode de vie et nos moyens de subsistance ». Monsanto dépensait en moyenne 17 millions de dollars par an pour communiquer sur le glyphosate.

L’Union européenne devra trancher en 2022

Plus de 180 études plus tard, de nombreuses questions subsistent et la communauté scientifique, noyautée par l’industrie chimique, ne parvient pas à être unanime. Plusieurs travaux ont toutefois conforté la conclusion du CIRC. Les recherches d’autres effets sur la santé et sur les pathologies causés par l’effet cocktail entre l’ensemble des pesticides que nous ingurgitons ont aussi avancé.

En 2017, après deux ans de débats, l’Union européenne avait renouvelé pour cinq ans la licence du glyphosate. Depuis, l’indépendance de bon nombre de scientifiques et d’experts européens a été fortement mise en doute. L’UE devra trancher une nouvelle fois en 2022. Les paris sont ouverts. Confrontés aux pressions des lobbies de l’agriculture, les gouvernements restent frileux face à une interdiction, mais sont de plus en plus mis sous pression par leur population. Petit tour d’horizon.

La France, premier consommateur européen de glyphosate

En 2017, Emmanuel Macron prenait l’engagement d’interdire le glyphosate « dès que les alternatives auront été trouvées et au plus tard dans trois ans. ». A ce jour pourtant, la France reste le premier consommateur européen de glyphosate, que ce soit en grandes cultures (céréales, colza, tournesol…) ou en arboriculture et viticulture. Le gouvernement assurequ’il ne peut rien imposer aux agriculteurs en l’absence d’alternatives suffisamment efficaces et tente en même temps de montrer l’exemple : les collectivités territoriales, les établissements publics et l’Etat ne peuvent plus utiliser des pesticides pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou des parcs. Cette interdiction concerne aussi les jardiniers amateurs depuis 2019.

Le 9 octobre dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié un nouveau rapport restreignant l’utilisation du glyphosate en agriculture, mais sans parler d’interdiction totale. Une avancée à petits pas… qui reste toutefois bien loin de la promesse présidentielle d’interdiction formulée il y a trois ans.

Suisse : il est urgent d’attendre

Il y a quelques années, les cantons du Jura et de Genève avaient tenté d’agir contre le glyphosate au niveau fédéral. Mais le législatif avait refusé de forcer la main au gouvernement pour en interdire l’utilisation.

Aujourd’hui, le Conseil fédéral se dit toutefois «prêt à étudier l’opportunité et les modalités d’une éventuelle sortie progressive» du glyphosate. Une position prudente et attentiste, motivée par la sortie potentielle de certains pays européens (voire, peut-être, de l’UE en 2022). Le gouvernement maintient que le retrait de cette substance n’est «scientifiquement pas justifié».

L’Autriche seule contre tous

A fin 2020, le parlement autrichien a voté pour l’interdiction totale du glyphosate, ce qui fait de l’Autriche le premier pays de l’Union européenne UE à bannir l’herbicide controversé au nom du principe de précaution. Cette mesure fait d’ailleurs débat, ses opposants faisant valoir qu’elle n’est pas compatible avec la règlementation européenne, qui l’autorise.

L’Allemagne avait surpris tout le monde en votant pour le renouvellement de la licence en 2017, mais promet aujourd’hui d’y mettre fin «dès que possible», alors que les ventes de Roundup sont en chute libre dans ce pays. Dès l’an prochain, l’herbicide sera interdit dans les parcs, jardins, et en lisières des exploitations agricoles, et des restrictions seront appliquées pour les agriculteurs.

L’Europe limite, mais ne bannit pas

L’Italie aussi interdit l’utilisation du glyphosate dans les lieux publics et en pulvérisation avant récolte depuis 2016, tout comme la République tchèque et le Danemark, qui ont mis en place des restrictions ; comme en France, les glyphosates ne peuvent être utilisés qu’en l’absence d’autres méthodes également efficaces… méthodes qui, selon les agriculteurs, n’existent malheureusement pas. La Belgique et les Pays-Bas interdisent la vente d’herbicides à large spectre (y compris le glyphosate) à des utilisateurs non professionnels depuis 2018. Une poignée d’autres Etats, des Pays-Bas à la Finlande, en passant par le Portugal, la Slovénie et la République tchèque, ont commencé à poser des limites, mais peu significatives. En Suède, où les Verts sont au pouvoir avec les sociaux-démocrates, aucun engagement n’a été pris, pas plus qu’en Espagne.

Aux Etats-Unis, des dizaines de milliers de procédures

La Californie avait décidé en 2017 que le Roundup devait porter une étiquette le qualifiant de “cancérigène probable ». L’agence fédérale de protection de l’environnement l’a dernièrement interdit, affirmant que cette mention est « fausse et trompeuse ». Cette décision a évidemment donné un coup de fouet à Monsanto et à sa société-mère allemande Bayer, cibles d’une vague de poursuites judiciaires suite à la condamnation historique, il y a deux ans, à payer près de 290 millions de dollars de dommages à un jardinier atteint d’un cancer.

Un deuxième procès a condamné, en mars, la firme à verser 80 millions de dollars à un retraité malade. Près de 50 000 plaignants, victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate, ont lancé des procédures, mais le géant de l’agrochimie a fait appel. Dans l’intervalle, plusieurs villes et institutions américaines, notamment Key West, Los Angeles, l’Université de Californie et Miami, ont interdit les herbicides à base de glyphosate.

L’Amérique du Sud, le royaume du glyphosate

En Amérique latine, le glyphosate est roi. En 2013, le Salvador avait interdit 53 herbicides, pesticides, et engrais pour l’usage agricole. Pourtant, deux ans plus tard, un décret assouplissait cette décision et le glyphosate est toujours utilisé. En Argentine, en l’absence de législation, ce sont les maires locaux qui émettent des arrêtés pour encadrer la fumigation, mais ces tentatives sont généralement contestées par les producteurs. Et le Brésil de Bolsonaro a autorisé depuis le début de l’année plus d’une centaine de nouveaux herbicides, Roundup en tête.

Sri Lanka : deux pas en avant, un en arrière

Le Sri Lanka avait été parmi les premiers, dès 2015, à interdire totalement l’importation de tous les herbicides à base de glyphosate. Mais, face à la grogne et au lobbying des agriculteurs, qui affirmaient avoir perdu entre 10 % et 20 % des 300 millions de kilos de thé produits annuellement, et à l’apparition d’un marché noir de bidons de glyphosate vendus sous le manteau, cette interdiction a été partiellement levée en 2018 pour les plantations de thé et de caoutchouc.

En Afrique, le Malawi a annoncé la suspension des permis d’importation de glyphosate en 2019, tout comme le Vietnam en Asie. Au Moyen-Orient, six pays (essentiellement désertiques, il est vrai) ont interdit l’importation et l’utilisation d’herbicides à base de glyphosate.

Au total, une vingtaine de pays ont donc désormais interdit ou restreint l’utilisation de cet herbicide. Prochain rendez-vous crucial : 2022, à Bruxelles…

La fabrique du consentement

Le documentaire indépendant du réalisateur belge Bernard Crutzen décortique la manière dont les medias (belges en l’occurrence, mais le constat est le même partout) racontent le Covid. « Ce qu’ils disent, comment ils le disent, et ce qu’ils taisent. »

« En démocratie, la presse ne devrait-elle pas être le premier rempart contre les abus du pouvoir ? Dans cette crise, au contraire, elle semble accompagner le pouvoir, même dans ses délires ». C’est par cette phrase que Bernard Crutzen résume neuf mois d’observation du traitement médiatique de la pandémie, d’avril à décembre 2020.

Almeria, le bio dévoyé

Les publicités de la grande distribution mettent généralement en scène des petits producteurs locaux tout heureux de produire des légumes bio dans leur exploitation familiale respectueuse de l’environnement. La réalité, on s’en doute, est souvent moins idyllique. Mais sait-on vraiment à quel point ?

Pour dire adieu a Youtube

Censure et démonétisation des vidéos traitant de sujets « sensibles » ; suppression des chaînes jugées politiquement incorrectes ; collecte des données personnelles, suivi et profilage des utilisateurs… YouTube ne fait même plus semblant de respecter ni la liberté d’expression ni la sphère privée. Heureusement, il existe des alternatives. Petit tour d’horizon.

Potions et poisons

La série de Netflix « L’industrie du bien-être : potions et poisons » présente un tour d’horizon passionnant de six tendances wellness, à travers une approche sans parti pris, donnant autant la parole aux scientifiques et aux sceptiques qu’aux adeptes convaincus.