Les rebouteux font école

rebouteux

Une centre de formation en reboutement ouvre ses portes à Renens. Une forme de thérapie populaire qui ne fait pas l’unanimité au sein du corps médical.

Qui ne connaît pas quelqu’un qui ait déjà fait appel à un rebouteux pour remettre un muscle en place, ou à un faiseur de secret pour une brûlure ou une verrue? Assimilés hier encore à des «sorciers» par une église toute puissante, les guérisseurs font partie depuis toujours du paysage culturel romand. On en distingue trois catégories: les guérisseurs proprement dit, les «faiseurs de secret» et les rebouteux. Ces derniers – particulièrement nombreux dans le canton de Vaud – sont de loin ceux dont la pratique semble la moins «ésotérique» et la plus rationnelle.

C’est en fait la plus ancienne forme de thérapie manuelle: en massant, tordant, appuyant sur l’endroit douloureux, les rebouteux (rebouter = remettre bout à bout) dénouent les nœuds, soulagent et guérissent les blessures musculaires ou articulaires.

Leurs techniques se sont transmises sans interruption de génération en génération dans les campagnes. Mais avec l’urbanisation, les rebouteux traversent une profonde mutation. Alors que traditionnellement le savoir se transmettait dans le cercle familial ou le voisinage, on a vu ces dernières années apparaître des écoles de reboutement, reboutage voire reboutologie.

Déçus de la médecine
C’est ainsi qu’un cours de «massage empirique à but thérapeutique», est proposé depuis février à Renens. De l’aveu même de son initiateur Marcos Drake, la formation «vise surtout les pratiquants d’arts martiaux, d’une part, les masseurs et réflexologues, d’autre part» et n’est pas forcément destinée à n’importe qui. «Tout le monde peut suivre un cours, mas certains auront un instinct, ce que les rebouteux de campagne appellent le don, qui inclut une certaine empathie, une qualité d’écoute, d’autant plus nécessaire que la plupart des gens qui vont consulter un rebouteux le font généralement après avoir été déçus par la médecine ou les médecins.»

 Savoir populaire
«L’ostéopathie étant en phase de médicalisation (lire encadré), on en revient aux pratiques traditionnelles de reboutement, plus proches des gens, plus rapides, moins chères, se réjouit Marcos Drake. Il est essentiel que le public redécouvre, s’approprie et conserve ces connaissances, qui appartiennent depuis toujours au savoir populaire.»


Ostéopathes réticents
Les rebouteux ne font pas l’unanimité parmi le monde médical et les «manipulateurs de corps» diplômés. Les ostéopathes en particulier tiennent à éviter toute confusion.

«Depuis 2007, les ostéopathes sont reconnus comme profession médicale, avec le droit au diagnostic, souligne Pierre Frachon. président de la Fédération suisse des ostéopathes (FSO). On ne peut pas comparer un praticien qui a étudié cinq ans avec un rebouteux qui a suivi une formation de bric et de broc de 350 heures!»

Pour Pierre Frachon, la situation devrait à terme se clarifier: «à terme, toutes ces pratiques alternatives qui n’auront pas prouvé un minimum de sérieux ne seront plus remboursées par les caisses.»

Une évolution qui laisse Marcos Drake de marbre. «Si notre formation est efficace et que le patient est soulagé, le bouche-à-oreille fonctionnera comme il l’a toujours fait pour les rebouteux des campagnes. Remboursés ou non.»

Lausanne Cités / 17.06.2010